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1990 - Japon

Lors de mon voyage au Japon, j’ai pris conscience de la rigoureuse vitesse du trait du calligraphe, qui équivaut à la vertigineuse découpe du ciseau de Matisse dans la couleur du papier comme l’a montré Aragon. La vitesse est une dimension de la peinture moderne. Non pas la vitesse figurée, ni seulement la vitesse dans l’exécution, mais l’accélération mentale qui, par l’action directe, rend impossible toute reprise, tout repentir. Cette vitesse-là, elle est déjà chez Picasso, dans la décision de son geste, dans Guernica, que les Américains d’ailleurs avaient sous les yeux… Ce qui fait la différence entre les peintres ne se mesure pas en terme d’abstraction et de figuration, c’est leur vitesse d’insertion dans l’espace de la peinture, leur capacité de prise de possession d’un espace courbe qui se développe depuis les Baigneuses de Cézanne et qui fait que les Nus rouges de Pignon courbent le monde autant que ses Plongeurs. Mais comment faire correspondre l’insertion dans l’espace de la peinture avec l’insertion dans l’espace de la société ? Voilà la question fondamentale. 

Kijno, 1975, propos recueillis par Raoul-Jean Moulin

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