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1989 - TAHITI « L’atelier des Tropiques »

(…) C’est ainsi qu’au cours de trois été successifs, en 1988, 1989 et 1990, les Kijno rejoignent les îles de la Société, dans le Pacifique, s’installant à Tahiti, à l’invitation du musée Gauguin de Pappeete. Son conservateur, Gilles Artur, exposera en 1989 un ensemble de papiers froissés qu’il a choisi avec le peintre, dans la case que celui-ci s’est aménagée en atelier – « mon atelier des Tropiques », dira-t-il de ce faré en pensant à Gauguin – au milieu d’une végétation exubérante, face à l’océan.

Le cycle de Tahiti, du nom de son port d’attache, correspond aux trois séjours de Kijno et couvre quatre années, de 1988 à 1991 environ. Hâtivement dénommé par l’artiste « Retour de Tahiti », ce titre simplificateur n’exprime pas l’ampleur et l’intensité de la thématique, essentiellement inspirée par l’environnement physique et culturel polynésien, tel qu’il se manifeste en peinture à travers Kijno, confronté à de sourdes réminiscences et questionnant Gauguin, aussi bien l’homme que l’œuvre. D’autant plus que le thème profond, sans altérer ni rompre sa continuité, déborde les limites de son appellation restrictive vers d’autres régions, au propre comme au figuré. Il pousse sa trajectoire jusqu’à l’île de Pâques, que le peintre parcourt en 1989, afin de s’affronter à la rude monumentalité des figures mégalithiques, dont les formes pourraient être les siennes. Il relance ses investigations parmi l’archipel des Marquises, où Kijno aborde en 1990 sur l’île d’Hivaoa, pour aller se recueillir et méditer à Atuona, face à la tombe de Gauguin et songer à sa Maison du jouir.

C’est pourquoi je parlerai plutôt d’un cycle polynésien hanté par Gauguin et qui, par une embellie résurgente, au terme d’une combustion lente et souterraine remontant à Matisse, parviendra à l’illumination. (…)

(…) L'intérieur du faré où Kijno travaillait, à Tahiti, fut d'ailleurs le théâtre d'une réminiscence de cet "atelier des Tropiques". A maintes reprises, contre les murs il punaisa ou colla par adhésif, bord à bord, des flashes d'études invocatoires de la présence et de l'oeuvre de Gauguin en ce lieu, portraits, figures et effigies polynésienne, familières, transposés ou imaginées, paysages informes, impressions matinales ou vespérales, nocturnes, visions fantasmatiques, libres interprétations de natures mortes, de motifs archétypes, du Christ jaune à Van Gogh peignant des tournesols… Il nous reste des photographies de ces mosaïques d'images perçues et saisies même avant même de se dissiper, assemblages muraux pour un environnement, iconoclastes à offrandes votives, telles ce Rêve de Gauguin, légendé en date du 2 août 1990, qui résume en quelques jours, depuis la nuit du 29 juillet, l'aveu de Kijno : "Je rêvai que Gauguin rêvait", cette nuit d'il y a cent ans ou mourait Van Gogh. (…)

La blague que vous n'avez jamais osé faire ?

C'était en 1989, à l'atelier des Tropiques du musée Gauguin de Tahiti, où le directeur Gilles Arthur m'avait invité. Le jour tombait rapidement et je dessinais les magnifiques feuilles à longs doigts de l'arbre à pain qui avaient tant inspiré Gauguin dans les paréos de ses vahinés et Matisse dans ses collages. Un inconnu s'approche doucement de moi et me dit : "Vous êtes bien le fils de Gauguin." J'ai appris par la suite que quelqu'un de mon entourage le lui avait fait croire - j'avoue que, pendant un dixième de seconde, j'ai failli répondre "oui".

TAHITI / GILLES ARTUR : (extrait du questionnaire de Proust)

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Photos des bandeaux par Alkis Voliotis, voir les photos entières