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Bernard Vasseur

Bernard Vasseur

Bernard Vasseur
Philosophe
Directeur de la Maison Elsa Triolet et Louis Aragon
à Saint Arnoult-en-Yvelines, France


(…) Transposons et constatons: Kijno a composé ses variations Tzara comme un poème dada: encre, ciseau, colle, froissage … Une écriture automatique créant ses champs magnétiques. Un cadavre exquis. «Le surréalisme est à la portée de tous les inconscients» proclamait fièrement un tract de 1925. «La poésie doit être faite par tous (et non seulement pour tous)» avait écrit Isidore Ducasse. Toi aussi, tu peux-froisser-défroisser. Autre manière de dire que la poésie est une fonction vitale et que tout individu peut se brûler à son feu, comme il respire. Mais il y faut une rude torsion de l’être: remonter à la source des émotions, en deçà des opinions reçues et au-delà de toute convention.

Le poète et le peintre ne sont pas des hommes d’exception, à part, inspirés, visités… La littérature n’est pas si peu que soit, un art d’agrémenter les loisirs d’autrui. La poésie, la peinture ne sont pas des «genres» académiques, des activités purement esthétiques pour public averti et bien élevé, des spectacles d’un soir dans une galerie ou un théâtre. Ce sont des modes de vie, des façons d’être. «Qu’on se donne seulement la peine de pratiquer la poésie», dit André Breton dans le Manifeste du surréalisme. Elle est prête à jaillir à tout moment du monde qui est le nôtre si l’on sait la voir et l’entendre, et trouve place indifféremment dans la littérature, la peinture, le rêve, le jeu de mots, un simple incident de rue… C’est une violente absence à un monde de violences et de contradictions. Elle porte au sommet de soi-même. Elle introduit par effraction, ne fût-ce que quelques instants, au «surréel». Elle nous ouvre à l’invisible. «Devant ce qu’on voit, il faut penser à ce qu’on ne voit pas, et qui est là, manifesté», écrit Bernard Noël.

En dialogue avec Tzara, Kijno n’illustre pas Tzara. Il ne met pas en images les textes du poète Tzara. Il vibre au rythme profond du même sang. Regarde le regard noir de Tzaza, il t’emporte ailleurs, il t’oblige au voyage. Kijno aime à citer cette formule de Léonard de Vinci: «La poesia è una pittura cieca e la pittura è una poesia muta». (…)



Dans «Kijno-Tzara-Aragon-Ponge», éditions Cercle d’Art, Paris 2004
https://www.maison-triolet-aragon.com/
Photo Claude Gaspari

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Photos des bandeaux par Alkis Voliotis, voir les photos entières